identité du quartier

Coincé au sud de la rue Sherbrooke, entre l’arrondissement Hochelaga-Maisonneuve et le Quartier Latin, c’est un curieux quartier que celui de Sainte-Marie, tant il est fait de contrastes, voire de contradictions. L’Écomusée du fier monde nous a concocté une visite gratuite de ce quartier plein de surprises.

 

UN QUARTIER INDUSTRIEL

« C’est l’industrialisation de Montréal qui va construire le quartier Sainte-Marie », explique Éric Giroux, historien de l’Écomusée du fier monde. Dès le début de la deuxième moitié du XIXe siècle, de nombreuses usines s’implantent le long du chemin Sainte-Marie (l’actuelle rue Notre-Dame). Jusqu’au début du siècle suivant, l’expansion se fait vers l’est et le nord. La brasserie Molson est déjà là depuis 1786, mais d’autres s’installent, comme la Macdonald Tobacco (Ontario/Poupart) qui a conservé encore aujourd’hui sa façade d’origine en briques rouges. En 1882, c’est le Canadian Pacific qui crée ses ateliers de montage de véhicules ferroviaires sur De Lorimier et Sainte-Catherine, avant de les transférer aux usines Angus en 1905. Un autre bâtiment témoin de cette époque est celui de la Dominion Oil Cloth (fabrication de la tuile de vinyle), dont le style art déco est toujours reconnaissable, en face du bâtiment de Télé-Québec.

 

LE FAUBOURG À MÉLASSE

Qui dit industries, dit vie ouvrière. L’industrialisation et l’arrivée en masse de travailleurs des campagnes stimulent naturellement la construction immobilière dans le quartier. C’est à cette époque que l’on construit tous les petits duplex qui font encore l’architecture du secteur à l’est de la rue De Lorimier. Il faut loger les nouvelles familles d’ouvriers qui comptent souvent plus de six enfants. On construit simplement, sans se soucier de qualité de l’espace habitable ni de sécurité, comme on le fera plus tard. Les duplex sont alignés sur le trottoir, avec les escaliers à l’intérieur et sans balcon sur la façade avant, ni ruelle à l’arrière. Une porte cochère permet aux nombreux distributeurs de bois ou de charbon et autres charretiers de mener leur cheval à l’écurie. C’est dans ce contexte de forte démographie que de nouvelles paroisses se créent à Montréal et donc, de nouvelles églises. L’église Saint-Vincent-de-Paul (sur la rue Sainte-Catherine, au coin de Parthenais), datant de 1867, est un vestige de cette époque.

 

GRANDS CHANTIERS ET DÉCLIN

Jusqu’après la Deuxième Guerre mondiale, le faubourg à mélasse (tel qu’on le surnommait au XIXe siècle, sans doute parce que les ouvriers, constituant l’essentiel de sa population, étaient de gros consommateurs de mélasse) présente tous les aspects du quartier ouvrier traditionnel, avec sa forte densité de population et de construction (petites rues et petits duplex). Pourtant, la désindustrialisation de l’après-guerre et les grands chantiers vont changer la physionomie du quartier. Comme le souligne Éric Giroux, « dans les années 1930, c’est d’abord la construction du pont Jacques-Cartier qui va créer une fracture dans le tissu urbain du secteur. » Alors que la vie était partout, les résidents vont perdre l’habitude de communiquer entre eux de part et d’autre du no man’s land qui nait sous le pont. Cette situation s’aggrave dans les années 1960, avec l’intensification du trafic routier sur les rues De Lorimier et Papineau, dont le sens de circulation a été rendu unique. Par la suite, les destructions massives de logements imposées par la construction de l’autoroute Ville-Marie et la tour de Radio-Canada vont continuer de déshumaniser le quartier.

Article du voir 20/11/07 d’Alain Hochereau

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